accueil / oeuvres vives / Yves Hugues – Pointe-à-Pitre

Syntaxe de l’éclair ! ô pur langage de l’exil.
Saint-John Perse, Exil.
Pointe-à-Pitre, lieu de palmes tressées
lorsque j’arrivai venu de toutes parts je pris la passe comme manoeuvrant dans la fatigue des siècles
abordant un lieu de palmes nouées
l’éclair s’installait dans la chair des mots
marque d’exil les phrases se dressant contre l’autre comme échanges impossibles
l’arrogance toujours de ces voiles blanches établies presque pour l’éternité et ce sont toujours signes
câbles tendus dans les vents favorables et
de suprématie
que peuvent les seins de bronze et les lèvres d’amitié face à …
l’oiseau des hautes terres se trouve dans les marécages de cette part d’île empêtré
Pointe-à-Pitre verrou défait livrant provisions et munitions
lorsque j’arrivai de Nice
baie des anges coiffée de palmiers sulfurés domestiqués anéantis donc j’entrai d’un seul trait dans la fatigue des siècles celle de mes propres années configurées au soleil
Nice ville d’Europe fournie au métissage commercial
la statue de la mulâtresse Solitude révélait alors en mes tripes la forme de mes propres vagues et leur chuintement
dans la Baie du Petit-Cul-de-Sac-Marin je lançai l’ancre et formai des lettres nouvelles sur la scansion des sables
être ainsi dans sa noirceur unique aller comme homme possible et sûr sous des parfums et des palmes enfin tressées
aller dans les sons de l’action la pulsion des vents
la fusion des sangs et dans l’excès de soleil donner
le fruit des corps
par cette statue d’humaine Solitude
Pointe-à-Pitre dressée
paisible altière faisant de ses rocs un squelette pour les chairs à venir
Pointe-à-Pitre se dresse désormais dans ses couleurs
Et
Sa chasuble de chaleurs nous constitue
Yves Hugues
Grasse, le 13 juillet 2008