Vincent Leray – Oeuvres vives – Zoomorphie – Matière sensible

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Magali Thuillier – Marseille
à posteriori

 

à denis

 

25/02 TGV 5231 voiture 01 place assise 44 couloir duplex en bas
13h49 Marseille Saint Charles

 

j’ai pensé : nous sommes débarqués
posés en intrus en travers de la gare
voyage à l’intérieur de nos êtres
le maillage danse
l’électrocardiogramme diffuse sa vibration de hula-up
la tension se repose peu à peu
elle atterrit

 

nous mettons à l’envers l’envers pour nous retrouver sur nos pieds

 

journal fini lecteur parti

 

essayons de saisir et habitons cela
après avoir voyagé après avoir traversé après avoir tenté de
puis doucement nous constatons

 

la ville de Marseille n’est pas À vendre
nous cherchons toutefois à savoir
les oiseaux survolent les habitations

 

déloger le centre de Marseille le centre-ville mérite autre chose

 

les images semblent s’animer
on voit le linge se sécher aux fenêtres
en grappe
entre terre et ciel

 

la tyrannie du centre-ville, voitures, bus, métro nous guette
mais il existe encore des lieux communs
où nous pouvons nous sentir à l’aise
alors le plus simplement du monde nous flânons
autour ici là nous donnant l’air indispensables
nous sentons bien, regardons inspirés,
sommes parmi les étoiles, poussières d’

 

montrez-nous quelque chose que nous n’avons jamais vu

 

caca fini maître parti

 

est-ce qu’on ouvrira les fenêtres pour aérer ?

 

expériences singulières dans endroits informels
nouvelles sensations

 

mesdames messieurs les marseillais au plaisir de nous accueillir
merci de bien vouloir nous associer à tout ça tout ça
pas de mode d’emploi

 

dépassons la simple apparence du
pour
espace intérieur
rapport sensible au monde et aux autres
captons le monde

 

messieurs mesdames tchatchant, baladant, rêvassant
ça tchatche, ça crache, ça regard tendu main levée, ça retour au calme
le tout vous du quotidien ces petits coins de vie dans la ville

 

nous regardons le monde dans les yeux de leurs habitants

 

et maintenant ?
on continue l’aventure ?
on continue l’aventure
règle n°3
je jette mes poubelles après 19h

 

aujourd’hui tout est industrie
de cette ancienne usine, maintenant laissée en grand terrain d’arts
le travail du temps
ici aussi le temps du monde, de la société
en continuel devenir
l’espace offert est art contemporain
rien que des ampoules dans l’obscurité du lieu
même friche la belle de mai sur le panneau met le bon mot
entre passé et présent entre l’art et la vie, ses espérances

 

midi net parvis de l’opéra de Marseille
premier mercredi du mois les sirènes douze minutes
les derniers bruits de sirènes sont toujours à nos oreilles, résonnent encore
nous portent vers de horizons nouveaux

 

au dessus de nos têtes
ballet perpétuel de lignes infinies en tension
petite pièce funambulesque

 

juste description à l’aide de la mémoire
maillage de sinusoïdales
travelling pour les quatre côtés dépliés
les couleurs de la mémoire et des yeux fermés

 

encore aujourd’hui
nous sommes À la recherche de photos montrant des altérations
de panneaux, espaces, encarts publicitaires

 

t’en vois où du vide ?
au bord du temps

 

mais où êtes-vous ?

 

SORTIE D’ATELIER

 

les belles au bois dormant sont heureuses de vous inviter au

 

excusez du peu
elles crient tout bas
visages au repos, en mouvement, de profil, de face
regard intense

 

oui ou non avons-nous traversé la place ?

 

tu connais n. ? Venez débattre et mobilisez-vous.
C’est le moment d’agir pour faire entendre nos voix.
http://marseillequelavenircultureenv.hautetfort.com

 

don’t come ! i
it’s just another boring art event with ping pong and country music

 

vagabondages dans Marseille ponctué d’escales
les travaux de rénovations ne sont pas terminés

 

ouvrons les portes en grand
cheminons ensemble autour
pour fêter le vagabondage passé et marqué celui à venir
la fête peut commencer
elle est annoncée du au mais il est possible qu’elle se poursuive
d’ailleurs des « blancs » se cachent ce sont des surprises
que nous découvrons et qui viennent s’ajouter au fil de
alors

 

ça urge, ça grouille, ça hurle, ça arrive, ça rigole, ça bascule.
tout est là à vivre

 

faites comme chez vous
à l’heure de la sieste comme à celle de l’apéro ; pour quelques heures,
pour une journée ou même pour une nuit, osez pousser les portes de la ville
faisons l’expérience de l’écoute, du voir, du manger, et du boire
bougeons marchons discutons ensemble
rire et même
pour que très vite nous nous sentions à Marseille un peu comme chez nous

 

et si plutôt que de vivre en étrangers, en vis à vis, en chien de faïence,
on se proposait d’habiter ensemble une même ville
inutile d’amener sa truelle, tout se fait en mots, mots d’emménagement, d’aménagement, de rangements, mots recyclés, recrées, mots de tous les jours
laissons traîner nos oreilles aux quatre coins de Marseille du dehors au dedans
nous laissons guider par la parole de ceux qui

 

dans la rue les gens nous disent ni l’un ni l’autre

 

ça bouge, ça chauffe, ça secoue, ça démonte, ça écrase,
ça coule, ça trime, ça vibre, ça tisse, ça martèle,
ça lamine, ça démarre, ça épluche, ça machine partout

 

la rencontre rien que la rencontre, toute la rencontre
voyage sans bagages
nous tremblons
nous laissons emmener où il est difficile d’aller seul
lignes instables parfois évanescentes,
qui (re)découpent indéfiniment les espaces du dedans et du dehors
capter des moments sur le vif d’une durée très courte, fulgurants parfois

 

lieux urbanisés, lieux de passage, de transition
parfois la sensation inexpliquée qu’un lieu nous marque dans notre histoire personnelle
que nous n’en ressortirons pas intacts ou inchangés
errance

 

cet homme et cette femme, c’est nous
c’est nous qui contemplons cette ville avec les yeux de ceux qui y sont étrangers

 

errons seuls dans la ville
nous concentrons, essayons de nous concentrer dès que la tête est ailleurs, vagabonbe
trouver quelque chose, une idée, une image, une parole, un mot
remettons tout en question
rêvons
essayons à nouveau
inquiétude
inquiétudes diverses, à plusieurs endroits de nos vies
alors…
écrivons ce moment fugitif, partagé même si trop peu, précieux
nous engageons autant que possible
cherchons le mot juste, le mouvement, le rythme, l’un dans l’autre

 

Marseille-Provence
candidate au titre de capitale européenne de la culture en 2013
Citoyen actif, participez, voyez la vie en rose

 

le combat de la vie continue
les lucioles ont commencé à disparaître
tâtez là si j’ai le cœur qui bat

 

chantier interdit au public

 

ces petits à côté qui font théâtre
c’est à ce chantier là qu’on nous invite
y prendre part, car oui, c’est nous,
et non nous ne sommes pas que des touristes
chantier où il n’y a pas de héros,
mais des hommes et des femmes et des enfants
chantier ouvert

 

failles
déchirures
démesures
extravagances
dislocation
maladresse
humour

 

état brut sans garde fou
le temps d’une petite danse
à titre provisoire

 

Comment passer d’une poétique à l’autre, d’un corps à l’autre,
sans que jamais ne se rompe la densité de la présence ?
Comment faire émerger une cohérence sans rien gommer des différences ?

 

question de grâce, d’élévation et de disparition
l’émotion pour socle

 

individu transfiguré dans un langage sans mots

 

bouleversements émotionnels

 

nous voudrions être légers

 

connais-tu ce sentiment d’ennui ?

 

nous sommes seuls vraiment
foules sans visage

 

quelle est la relation qui lie le corps à son environnement culturel ?

 

imprégnation forte, un délié, tissé entre respiration, voix, visages
ambiance rauque, tendue, tatouages
mouvements perpétuels, ne pas ralentir mais faire moins vite
être là à côté comme
chaque jour ou presque une phrase s’impose
tout ce que nous voyons nous recevons

 

LETTRE AU PUBLIC

 

les mots gestes de tous les jours disent bien plus que
présences silencieuses
zones d ‘attente

 

puis on est à Marseille

 

beaucoup de marseillais respectent l’espace public bougez pour Marseille

 

du bordel dans l’eau qui dort
est-ce que tout le monde connaît tout le monde ?
manège qui chiffre tout et ne parle qu’en pourcentage
plus ça s’engueule plus ça tourne bien et s’emballe
avancée avec l’assurance de notre maladresse
sommes attentifs à l’indicible, au vacillement,
à l’instant où se révèlent les singularités
ramenons de l’incongru à partager
tentons de broder avec des divers
ce qui peut nous lier

 

et à part ça?

 

la billetterie et le comptoir du
vous accueillent une heure avant chaque
une restauration légère vous est proposée
les places non retirées 10 minutes avant le début du spectacle sont libérées

 

traduisons au plus près
gardons des traces vivantes
il faut faire quelque chose tout est là
il y a juste à pousser plus loin

 

à suivre…

 

je reviens dans deux heures (vraies)

 

 

Biographie de Magali Thuillier

 

Magali Thuillier est née en 1972, à Déville-les-Rouen (76). Elle vit à Châteaubriant, près de Nantes. Elle organise un festival de poésie, littérature et arts plastiques ; POIÊSIS, en mai à Châteaubriant

 

Bibliographie

 

Publications en revues
Décharge n°124, décembre 2004
N4728, n°8, juillet 2005
Contre-Allées, 17.18, Automne-hiver 2005
Neige d’Août, n°14, Printemps 2006
Gare Maritime, 2007
Contre-Allées, 21.22, Automne-hiver 2007
Décharge, n°139, septembre 2008
Saltimbanques, n°15, automne-hiver 2008

 

Editions livres et poèmes
Tu t’en vas, Le Dé bleu, L’idée bleue, 2004
L’attendu, Les éditions du chat qui tousse, 2005
Qui que quoi donc, Contre-allées, 2005
Des rêves au fond des fleurs, Le Farfadet bleu, l’idée bleue, 2006
Ta main autant que, contre-allées, 2008
Potager d’amour, la yaourtière éditions, 2008

 

Poèmes en cavale, lecture et enregistrement d’un CD au Pannonica le mercredi 15 février 2006, organisé par la Maison de la Poésie de Nantes