Vincent Leray – Oeuvres vives – Zoomorphie – Matière sensible

accueil / oeuvres vives / 47 ports, 47 escales, 47 voyageurs

Si la nature première du projet s’inscrit dans une pratique des arts visuels, un prolongement de l’œuvre s’émancipe d’un vocabulaire plastique pour s’associer aux langages de la littérature.
Ce corpus littéraire consiste à réunir un équipage de 47 voyageurs, en invitant écrivains, poètes, artistes, critiques d’art ou scientifiques à construire un récit autour d’un port.
Les participants sont libres de choisir eux-mêmes leur destination. Chaque équipier conserve toute liberté pour définir un traitement littéraire qui lui convient : récit, poème, réflexion philosophique, politique, scientifique, écologique, entretien… L’approche littéraire qui reste ouverte peut tout aussi bien se rattacher à la description d’un lieu, l’évocation d’un souvenir ou encore s’établir autour d’une pure fiction. Parallèlement aux résonances poétiques de l’expédition, le projet soulève des enjeux politiques en traversant les territoires d’outremer issus d’anciennes colonies françaises.
Durant l’événement d’une première exposition du projet Œuvres Vives qui s’est déroulé à Nantes en mars 2007, l’équipage comptait 4 participants. Au fil des rencontres, le voyage se poursuit, empruntant les canaux d’une nouvelle voie navigable : le réseau Internet.
Les conditions de navigation s’expérimentent ici selon un régime à plusieurs vitesses. Si une route maritime a réellement été tracé, révélant un ensemble d’informations nautiques situées dans le temps et l’espace, celle-ci se superpose désormais à une seconde navigation devenue électronique, virtualisée par la diffusion du projet sur Internet. La rencontre avec un participant s’établit par messagerie électronique (obtenue parfois via un éditeur). Cette prise de contact peut également se produire par une rencontre physique, ou encore par voie postale. L’embarquement d’un auteur va engendrer la création d’une Feuille de Route. Cette page du journal de bord, respective à chaque individu, est diffusée vers une large audience qui suit l’itinérance de l’expédition.
C’est essentiellement à travers l’info-sphère des voies navigables du Web que le navire poursuit aujourd’hui sa route «recrutant» ainsi ses équipiers ici ou à l’autre bout du monde. À la diversité d’horizons littéraires des participants, se superpose une prise en compte de leurs situations géographiques.
Parallèlement à la durée de vie temporaire d’une condition plastique du projet et ses modalités d’expositions inscrites dans un espace physique, il s’agit désormais de dépasser les seules limites du lieu de réception traditionnelle. En se confrontant aux canaux navigables d’une nouvelle redistribution de l’œuvre, le projet traverse une succession de caps et d’étirements du temps dans un espace sans limites géographiques, à l’échelle du globe.
Ce tour du monde à la voile, guidé par l’immensité de l’océan et les relations humaines, chemine vers une expérience à la fois participative et solitaire, explorant les dimensions spatio-temporelles d’une aventure où se télescopent monde imaginaire et monde réel.
Les frontières se brouillent entre une histoire réellement vécue et la seule projection mentale. Ce voyage a-t-il déjà eut lieu, se situe-t-il autour d’une expérience à vivre dans le futur, ou bien n’est-ce qu’une aventure purement fictive ?

 

Point de la Parata