Vincent Leray – Oeuvres vives – Zoomorphie – Matière sensible

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La plupart des œuvres installées à ciel ouvert, souvent précaires, sont livrées aux cycles des marées ou à l’érosion naturelle. En s’intégrant parmi l’écosystème d’une zone côtière, le corps étoilé va fusionner avec une biodiversité végétale, animale ou minérale d’un milieu ambiant. 
La signification de l’œuvre n’est plus indépendante de son inscription topographique. Les origines d’un projet sont souvent influencées par une prise en compte de l’ancrage local et contextuel, d’une topographie et d’une histoire des lieux.
Loin de se confiner dans un vocabulaire strictement artistique, le langage polysémique de l’œuvre développe des projets d’investigations qui vont traverser de multiples champs de compétences, toujours susceptibles d’entretenir une relation étroite avec un contexte maritime. Cette confrontation vers de multiples domaines d’activités va engendrer des problèmes d’utilitarismes par une mise en service de l’architecture rayonnante.

À travers la recherche de champs d’applications réellement exploitables, le projet explore les frontières qui séparent l’autonomie de l’objet d’art de son débordement social et fonctionnel.
Certains dispositifs installés dans un environnement marin peuvent s’intégrer dans le temps et l’espace. Cette inscription pérenne de l’appareil étoilé, durablement intégré dans un milieu peut entraîner une prise de fonction, impliquant parfois son entretien par une intervention humaine.
Ce rôle à jouer peut trouver des applications écologiques en protégeant un milieu maritime sensible* s’intégrer parmi des activités économiques des métiers de la mer ou s’inscrire dans le cadre d’une recherche scientifique.

Les aptitudes fonctionnelles qu’entretient le motif pentamère peuvent explorer de multiples situations praticables. Instrumentalisé selon un degré de servitude plus conceptuel, par un processus d’appropriation littéraire, le pictogramme étoilé peut s’insinuer dans un langage narratif toujours en résonance avec un espace maritime.


Si le pictogramme étoilé peut s’inscrire dans un espace physique en totale rupture apparente avec les origines de son premier milieu (marin), c’est à partir du statut usuel de l’objet rayonnant associé à une littérature évoquant le monde maritime, qu’une nouvelle connection avec l’élément se rétablit.
En développant une valeur d’usage éprouvée dans un contexte, l’œuvre n’est plus dissociable de son lieu ou de son milieu de réception.
C’est l’ambivalence du statut de l’œuvre qui m’intéresse par une dualité qui oppose ses valeurs d’objet d’art à celles de ses capacités à devenir réellement utilisable. En dévitalisant l’autonomie de l’œuvre, c’est sa condition d’usage qui peut être explorée en l’éprouvant dans un contexte socio-économique, écologique ou culturel non dédié à l’art. Si l’œuvre peut se greffer en profondeur dans le flux d’une activité, apparaissent de nouvelles strates de significations qui se superposent jusqu’à dissoudre l’objet dans son environnement.
 
*Cette prise de fonction peut s’appliquer à protéger un écosystème sensible comme les milieux dunaires par la mise en place de ganivelles ou de palissades, ou encore par les propriétés organiques de la matière même à s’acclimater naturellement. La culture d’Oyat est régulièrement utilisée pour ses capacités à fixer les sables mobiles d’un cordon dunaire (œuvre en projet).

 

Zoomorphie, série Les Utilitaires, 2008