Vincent Leray – Oeuvres vives – Zoomorphie – Matière sensible

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Série les catastrophiques

 

Le langage de l’oeuvre, sensible aux mouvements absurdes du monde, interroge une dégradation de l’espace littoral provoqué par une intensification des activités humaines.
En visant les enjeux d’une scène d’échange où l’océan et le domaine fluvial sont régulièrement le sujet d’une actualité inquiétante, le projet soulève ou rejoue les dysfonctionnements écologiques des milieux marins, tout en plaçant beaucoup de réserves sur les relations entre art, politique et écologie.
Si l’oeuvre évite les velléités d’une attitude engagée, d’une prise de position radicale ou démagogique, l’esthétique de l’oeuvre cherche un positionnement plus latent, définissant des relations plus subtiles dans son rapport à l’écologie.

 

L’extraction de granulats en Loire
Dialogue entre l’oeuvre et l’image de l’oeuvre

Sur les abords de la rive gauche de la Loire qui traverse la commune de Montjean-sur-Loire, une inscription
de la forme rayonnante dessine ses contours en creux par extraction de granulat prélevé sur le site. Une photographie de l’oeuvre est enregistrée. La masse de granulat est récupérée pour être importé dans l’espace d’exposition. La métamorphose de la structure rayonnante, transitant d’un état concave à un état convexe se charge des notions de plein et de vide, de matrice et de moulage.
La photographie de l’empreinte négative confrontée à son équivalence positive rèvele les enjeux du projet. La forme et sa contre-forme rejouent ici le drame écologique engendré par une surexploitation de granulat pratiqué en Loire à partir de 1960 jusqu’à la fin des années 1980.

 

Série les catastrophiques

 

L’extraction de granulats en Loire
Annonce d’une catastrophe écologique

L’extraction de granulats en Loire a ouvert des plaies profondes et longues à cicatriser. Il ne serait pas surprenant qu’avec le recul, les générations futures considèrent l’extraction de granulats pratiquée à outrance de 1960 jusqu’à la fin des années 1980 comme une des plus grandes catastrophes écologiques et économiques de la Loire, qui n’a épargné que quelques rares secteurs près des sources.
Cette catastrophe laisse derrière elle des changements de paysages profonds et souvent mal identifiés, contre lesquels il sera très difficile et long de revenir : en enfonçant le lit vif de la Loire de 1 à 2 mètres en moyenne, l’extraction de granulats a déchaussé tous les ponts et ouvrages riverains de la Loire. L’impact sur le paysage est dramatique, il est moins visible sur la végétation car l’évolution à été progressive. Dans le même temps, l’évolution de l’agriculture et l’explosion urbaine modifiaient les parcellaires et les paysages de manière aussi conséquente. Mais le mal est fait et il s’avère très difficile de reconstituer ou restaurer les milieux plus humides qui se trouvent asséchés par l’enfoncement du lit.
Les plages de sable ont disparu et dans le même temps l’agrément qu’il y avait à venir se baigner. La qualité de l’eau qui s’est fortement dégradée et l’évolution des loisirs ont conduit les riverains à s’éloigner de la Loire. Mais à l’heure où les Ligériens redécouvrent peu à peu les loisirs aquatiques, il est presque impossible de retrouver des paysages de plage de bord de Loire, sinon artificiellement. Le lit, en s’enfonçant, à de plus fait apparaître de nombreux seuils rocheux et modifié les circulations de la Loire.
Que ce soit en Loire amont dans le département de Haute-Loire où tout le long de la Loire moyenne, les travaux conduits de manière expérimentale depuis quelques années ont montré qu’il était possible d’intervenir de façon pertinente et efficace dans le cour du fleuve. Derrière la politique de restauration et d’entretien du lit et de ses annexes, il y a clairement une volonté de restaurer la riche diversité écologique qui existait avant l’enfoncement de la ligne d’eau et d’améliorer la qualité de l’écosystème et des paysages. Les démarches engagées dans le plan Loire pour assurer un meilleur entretien du lit de la Loire révèlent que le paysage dépend et dépendra fortement de l’entretien qui sera fait et des choix en matière de gestion écologique, qui le soutiendront.

 

Zoomorphie, série Les Catastrophiques, 2004