Vincent Leray – Oeuvres vives – Zoomorphie – Matière sensible

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L’Apparatus Maritimus : une machine à dessiner
(s)ketch expérimente une pratique du dessin conçu principalement à bord de bateaux inscrits au patrimoine maritime ou porteur d’une mémoire significative.
En 2008, un premier dessin est obtenu à partir d’une expérience menée à bord du Navibus Chantenay, reliant quotidiennement la rive nord de la Loire nantaise jusqu’à Trentemoult. Cette ancienne liaison fluviale
rétablit en 2005 est aujourd’hui inscrite dans une mémoire collective de la ville de Nantes. La navette emblématique réactive les traversées du fleuve effectué entre 1887 et 1958 par une flottille qui comptait 8 bateaux à vapeur : les Roquios.*
L’Apparatus Maritimus** ; appareil amariné en bois rouge conçu spécifiquement pour être embarqué à bord d’un navire se définit comme une petite machine à dessiner. Les attributs fonctionnels qui caractérisent l’outil de travail vont retranscrire graphiquement l’amplitude des mouvements de tangage et de roulis enregistrés à bord d’un bateau le temps d’une navigation. La pointe feutre d’un stylo suspendu au-dessus d’une feuille de papier fixée sur un plateau de l’Apparatus Maritimus interprète les balancements oscillatoires du navire.
(s)ketch se rattache à une longue histoire des relations entre peinture et mécanique, cherchant à mettre à distance l’implication émotionnelle du geste artistique, affirmant davantage les problèmes d’une reproductibilité technique et mécanique inscrite dans une pratique du dessin ou celle de la peinture. Cette approche oppose l’expression d’un moi intérieur propre à tout expressionnisme par le résultat d’une expérience programmée réalisée mécaniquement.
Le projet (s)ketch conjugue un ensemble de phénomènes naturels ; la force du vent, les courants marins combinés aux aptitudes et comportements du navire ; ses allures, ses virements de bord, ses changements de cap. La somme de tous ces facteurs va progressivement révéler une forme picturale. Le projet n’implique aucun choix ; il s’agit de capturer la réalité d’une expérience vécue à bord, le temps d’une liaison fluviale sur un estuaire ou d’une traversée le long d’une frange littorale.

 

*Roquio : nom du premier bateau à vapeur de la Compagnie de Navigation de la Basse-Loire assurant entre 1887 et 1958 un service de passagers entre Nantes et le village de pêcheurs de Trentemoult. Les classes ouvrières embarquaient pour rejoindre les usines
et les chantiers navals de la rive nord de la Loire. Les Nantais prendront l’habitude d’appeler «Roquio» chacun des huit bateaux composant la ftlotille chargée des traversées de la Loire jusqu’en 1970.
**L’apparatimus Maritimus : Tablette amarinée en bois de Padouk spécifiquement conçu être embarqué à bord d’un navire, l’ouvrage à été réalisé avec la collaboration d’un charpentier marine.

 

Série (s)ketch, à bord du Chantenay, 2008

Série (s)ketch, À bord de Chantenay, 2008
Liaison fluviale quotidienne entre Nantes et Trentemoult
Estuaire de la Loire, Nantes, février 2008
Projet réalisé avec la participation de la Compagnie maritime Finist’mer et de la TAN

 

Série (s)ketch, A bord du Chantenay, 2008

Série (s)ketch, À bord de Chantenay, 2008
Apparatus Maritimus arrimé par 4 haussières sur la passerelle avant du navibus Chantenay
Estuaire de la Loire, Nantes, février 2008

 

Série (s)ketch, A bord du Chantenay, 2008

Série (s)ketch, À bord de Chantenay, février 2008
2 Films vidéo couleur muets, 8 minutes chaque
1 DVD Nantes -Trentemoult, 1 DVD Trentemoult – Nantes, l’ensemble synchronisé et diffusé en boucle sur 2 moniteurs.

 

Explorer le patrimoine maritime avec l’Apparatus Maritimus
Les enjeux du projet visent aussi bien à développer la production d’une oeuvre graphique qu’à explorer les richesses du patrimoine maritime. (s)ketch interroge aussi bien des voiliers, des yachts de plaisance, des bateaux de charge et de servitude que des bateaux de pêche sillonnant régulièrement les côtes littorales ou un domaine fluvial.

 

Protocole de navigation à bord d’un navire
Chaque nouvelle rencontre avec un navire débute par une prise de contact avec son propriétaire. Un programme de navigation est déterminé en fonction de la nature du bateau, de son contexte historique et géographique, l’Apparitimus Maritimus est embarqué le temps d’une traversée. Le protocole de navigation implique le déroulement d’un même scénario, les instructions nautiques enregistrées durant la traversés sont consignées au sein d’un carnet de bord. L’expérience engendre également la production d’un texte descriptif accompagné d’une vidéo du navire évoluant sur son plan d’eau.

 

Descriptif du protocole
- 1. Prise de contact avec le propriétaire d’un navire
- 2. Étude d’un programme de navigation en fonction du contexte historique et géographique du navire
- 3. Relevé des conditions météo du jour de navigation
- 4. Instructions nautiques de la traversée consignée sur journal de bord et carte marine
- 5. Tournage d’une vidéo du navire naviguant sur son plan d’eau

 

Les bateaux inscrit au patrimoine maritime national
La notion de patrimoine maritime est apparue pour la première fois en 1980, année du patrimoine. Ce concept est précisé et développé en décembre 1981 à l’issue d’une rencontre entre le Ministre de la Culture
et le Ministre de la Mer à bord du Belem à Paris. Dès 1982, la procédure de classement instituée par le Ministère de la Culture est appliquée aux bateaux du patrimoine.
En 2003, 111 bateaux au total ont été protégés au titre des monuments historiques (classés ou inscrits) dans la catégorie des objets mobiliers. En effet, leur mobilité par nature les range ainsi dans le même cadre réglementaire que les tableaux, les retables, les sculptures, les objets d’art en général.
Au fil du temps, ce patrimoine s’est constitué selon des critères de protection tenant à la représentativité d’un type de production, la rareté, l’innovation technologique, la référence historique et événementielle, la notoriété du ou des concepteurs.
Aujourd’hui, sur l’ensemble national, 84 embarcations relèvent du patrimoine maritime et 27 du patrimoine fluvial. Un faible pourcentage de ces embarcations (15%) est exposé à terre. Autant que possible, les bateaux sont présentés à flot ou en état de navigation lorsque les conditions de leur conservation et les règles de sécurité le permettent.
Les bateaux de plaisance et de pêche représentent à eux seuls 61% du parc national. Avec 18 bateaux classés monuments historiques (tous en état de navigation), les Pays de la Loire et la Bretagne (26 navires protégés) concentrent 40% du patrimoine maritime national protégé. La région des Pays de la Loire a vu sur son territoire le dernier trois-mâts barque à phares carrés : le Belém. Le Vezon (Pays de la Loire) construit en 1887, est l’un des plus vieux bateaux classés, toujours en état de navigation.