accueil / oeuvres vives / Nathalie Riera – Ajaccio
lecture sonore par Nathalie Riera

Photo : Nathalie Riera © Saint-Raphaël, novembre 2009
À mon frère
staccato morendo
Dis-toi, qu’il y a cela qui tremble sous la rame, au fouet des vagues cela qui nous soulève, nos mains dénouées de toute contrition, la nacre des voix à vif Au fond, si peu de temps, alors il nous faut nous hâter, sans rompre avec l’eau et le ciel, quitter les duels des forêts, rejoindre les songeries des lointains qui ne sont jamais dans l’adieu, la colline des fleurs Dis-toi, qu’il n’y a que trop de livres trop tristes, de mots ou de murs, l’imposture des cendres S’en aller, dis-toi, qu’il n’y a rien que le calme pour regarder passer les orages
Dis-moi le voyage que je ne ferai pas, dis-moi si je peux encore me lever dans l’éclat des pages, l’euphorie Je ne sais plus de quoi je suis nourrie, de quelle eau, de quoi sont pénétrés nos livres Tu sais que je ne peux me lever que dans le grand amour de l’homme, dans ce qui fait foudre, nos mains dans la résiliation avec le fer
Les vents me racontent toujours les mêmes histoires, mais je sais qu’il lui reste encore un copeau de tempérance Dis-moi les dentelures crossing the water je te pleure how my memory opens and shuts ! Dis-toi, qu’il y a cela qui est sans fin, ton œil sur ce qu’il reste de paysages et de présages
Il y a cela de lumière, de cœur, de corps, pour écrire le voyage où j’ai disparu
Tout cela repose désormais, les traits du visage, les pas du visage Entrer dans la page, perdre la voix Tananarive le dernier voyage
La robe est claire pour ne pas disparaître dans le noir, un peu d’eau de mer, sans bruit les vagues, les courants, les profondeurs Au large la colline sous le bleu instable, la houle en fusion, Ajaccio
quand la musique vient
d’un ciel presque
le vide de l’intense
Rien qui ne soit plus nouveau que cette route N’être plus nulle part que dans les paysages aimés Rien qui ne soit plus nouveau que ce corps de couleur cambré démêlé dans le violet de la mer dans le minuit de sa nudité dans le réel qui remue dans le rien que ce qui reste
comme une peinture
du voyage où tu t’effaces
il n’y a pas de destination
Nathalie Riera © extrait de staccato morendo décembre 2009