Vincent Leray – Oeuvres vives – Zoomorphie – Matière sensible

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À la diversité d’horizons littéraires des participants, se combinent les aspirations personnelles de chacun à s’orienter vers une destination.
Le lieu de résidence de certains auteurs peut parfois correspondre à une escale de la traversée ; Nicolas Kurtovitch qui vit à Nouméa fait escale à Nouméa, idem pour Chantal Spitz qui vit à Papeete. Cette situation se reproduit pour un ensemble de participants.
En invitant ces auteurs qui résident eux-mêmes dans un port situé sur la trajectoire de la traversée, un certain nombre de quartiers maritimes ont donc ainsi réellement été atteints.
Si les moyens de navigation restent virtuels, une part de la traversée est devenue bien réelle en touchant ces auteurs. C’est cette part du voyage réellement accomplit qui peut alimenter la fiction qu’un navire sillonnerait les mers de port en port… Une faible frontière sépare ici la virtualité du voyage d’un déplacement physique réalisé dans l’espace-temps.
Si le départ de la traversée est officiellement enregistré le 14 décembre 2006 par un premier participant qui embarque à l’Île d’Yeu, ce n’est qu’en février 2009, (après 27 mois de mer), que le 38e participant qui embarque à Dunkerque marque un véritable départ…
Enfin, la dernière escale censée marquer une ligne d’arrivée à La Réunion a déjà été franchie depuis le 18 mars 2008 par l’embarquement du 26e participant…
Dérivant comme une bouteille à la mer portée par les courants électroniques, la trajectoire azimutée du navire imaginaire redessine une nouvelle cartographie, bouleversant la chronologie d’une route maritime pourtant réellement établie.

Les contacts à établir avec les participants peuvent très bien se produire physiquement en bas de chez moi ; L’écrivain Paul de Brancion, l’artiste Dominique Tisserandet qui résident à Nantes sont installés à 300 mètres de mon atelier. Mais ces rencontres peuvent tout aussi bien se produire à travers une correspondance établie par courriel à l’autre bout du monde, comme c’est le cas avec certains auteurs installés en Océanie ou ailleurs. Je pense également à Anne Bihan qui réside à Nouméa mais qui fait escale à Saint-Nazaire, ou elle a vécu une quinzaine d’année.
Il arrive parfois que certains participants ne possèdent pas d’adresse électronique, c’est alors par le relais des voies postales que la navigation se poursuit, parfois sans réponse…
Avant d’engager un travail d’écriture, certains participants décident d’accomplir un réel voyage vers leur destination en utilisant divers moyens de transport. C’est essentiellement à travers une navigation virtuelle du projet que la plupart des contacts ont pu s’établir.
Si la durée d’un tel voyage est estimée à environ 18 mois de mer par voie maritime, son équivalence virtuelle qui navigue par les voies électroniques se prolongera probablement davantage dans le temps et l’espace.
Si la dimension virtuelle de l’œuvre l’emporte (?) sur ses capacités à produire de la réalité, il se pourrait bien qu’un jour, ce voyage devienne réel, embarquant l’ensemble de l’équipage dans une aventure à vivre à bord d’un véritable navire…

V.L.
3e mois de navigation, Février 2007

 

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