Vincent Leray – Oeuvres vives – Zoomorphie – Matière sensible

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La petite pêche n’a pas entièrement abandonné toutes ses traditions. C’est ainsi que subsiste encore sur le littoral des côtes bretonnes, un usage qui consiste à enjoliver le matricule des lettres et des chiffres indiquant sur la coque d’un bateau, le numéro d’immatriculation déclaré à l’administration maritime.
Cette tradition découle d’une ancienne croyance selon laquelle le pied des chiffres droits et raides (1, 4, 7) trop mécanique, était considéré comme non pêchant. Aussi, pour conjurer le mauvais sort, le pêcheur breton prend-il soin d’agrémenter chaque bâton vertical à sa racine d’un crochet souple dessinant la forme d’un hameçon, ce qui lui permet d’espérer de bonnes marées. Lorsque ces chiffres pouvaient adopter le dessin d’un hameçon (2, 3, 5, 9), il était de bon augure de les considérer comme pêchant.
Les pêcheurs étendent cette tradition aux initiales des quartiers maritimes, les ornant de courbes et d’arabesques auxquelles on ajoutait des pointes d’hameçons, pour les rendre également plus pêchant. Souvent, un petit trèfle, deux points ou une hermine souligne le passage de la lettre au chiffre. C’est parfois un homme du chantier qui trace le graphisme à la pointe de son couteau, mais le plus souvent, c’est un marin particulièrement adroit. L’ensemble de ces caractères, dit « à barbes ou à crochets », était tracé puis gravé sur la coque afin d’en retrouver facilement les contours lorsqu’il fallait repeindre les bateaux. L’ensemble de ces ciselures décoratives qui s’interprètent également comme une recherche esthétique apparaît vers les années 1895 dans le port de Douarnenez. Elles se répandent sur les côtes bretonnes à partir des années 1900.

 

Chiffres pêchants
Les lettres et les chiffres pêchants