Vincent Leray – Oeuvres vives – Zoomorphie – Matière sensible

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Emmanuel Darley - Escale à Port-Vendres

 

On arrivait par la mer, on arrivait du sud, on arrivait d’Espagne après Port Bou on passait Cerbère et Banyuls, on en passait des caps et des anses jusqu’à franchir le Béar et entrer dans Port-Vendres.
On arrivait par la mer, on descendait et c’était droit, tout droit, longue plage presque ininterrompue jusqu’à Argelès, juste après le Racou, ça commençait les rochers, le dentelé, les forts et les batteries. Les redoutes. Ça montait, là, dès le rivage, ça grimpait raide jusqu’à là-haut les Pyrénées et les villages s’accrochaient.

 

On arrivait par la terre, par la route et cela sinuait. Cela tournait mais il y avait, tu sais, la vue, en bas, là-bas, la mer pleine écume, les criques échancrées et puis l’horizon.
Il y avait le train aussi. Les tunnels successifs. Jour nuit, jour nuit avant de, tout à l’heure, toucher à l’Espagne, passer au ralenti de Cerbère à Port Bou dans le grincement des rails.
Voilà. C’est là. Port-Vendres. PV noté à l’arrière des bateaux.
Port fermé. Port tarabiscoté qui s’enferme dans la terre. Commodité de la rade. Refuge pour navires menacés. Tempête ou autre. On cherche l’horizon. Les collines. Le village qui se poursuit en face. Les fort, oui, là-haut, fort de Fanal, fort Béar et puis d’autres bâtiments encore, ouvrages militaires qui défendent, protègent. Redoutes de Vauban, plus ou moins en état, batterie Mailly, batterie de la Mauresque, canons pointés rouillés.

 

Ports plusieurs pour constituer Port-Vendres. Port plaisance. Port pécheur. Port fruitier. International. Cameroun, Côte-d’Ivoire, Maroc, Egypte. Chypre. Plus loin l’Amérique.
Gare maritime aussi et alors c’est vers l’Afrique du nord sans doute que l’on file ou bien d’où l’on parvient. D’où l’on parvenait du moins.
Terminal roulier. Les camions, les frigos. L’activité, on dirait, quand même les quais sont déserts. Redépart, oui, on dirait, de l’activité. Parkings qui s’étendent nouveaux. Containers entassés. Trans-océans dessus inscrit.

 

Les bâtiments qui eux témoignent. Caisse nationale des ouvriers dockers. Fini, ça, ils disent les hommes, là, à proximité. Ça n’existe plus.
Délabrement, oui.
Chalutiers à quai, couleurs vives, machinerie et filets et ceux-là, quoi ? Inactifs ? Remisés ? En sursis ?
Des touristes pour circuler. Des promenades en mer. Petites guérites bariolées pour attirer le chaland.

 

Côte Vermeille – Costa Brava – Collioure.
Vision sous-marine.
Croisière navivoile.

L’Espagne, si proche.
Le Gibraltar, restaurant.
Le Poisson Rouge, restaurant.
Les clubs de plongée.

 

La ville, voilà, qui descend. Rues raides pentues et puis les passages entre les maisons, les escaliers
qui passent d’un niveau l’autre. Rampe, en français on dit. Pujada, c’est en catalan.
Les palmiers, les clochers.
L’odeur des ports.
La brise du large qui s’insinue.
Le goût du large.

 

Alors, pour sortir, on passe l’anse des Tamarins, l’anse Christine, l’anse de l’Alpulgas et puis c’est la.
mer. A main droite le cap Béar, l’anse Sainte Catherine, mais qu’importe, droit devant, vers le large