Vincent Leray – Oeuvres vives – Zoomorphie – Matière sensible

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De tous les temps, la nature a été une source d’inspiration dans le domaine des pratiques artistiques. Les édifices contemporains conçus par l’architecte Oscar Niemeyer présentent des lignes et des courbes fluides qui s’étirent dans l’espace; les ouvrages d’art d’Antoni Gaudi révèlent des influences très inspirées par la vie organique. Au fil d’une progression technologique, nous pouvons supposer que les projets de constructions conçus par l’homme se rapprocheront toujours davantage des propositions formelles engendrées par la nature.
L’œuvre de Vincent Leray puise également ses sources dans un univers créé par la nature.  L’intérêt particulier qu’il manifeste pour l’architecture se retrouve dans la grande diversité de constructions et de schémas fonctionnels qu’il peut observer dans le règne animal ou le règne végétal. Depuis toujours, les relations qu’il tisse avec la mer et son environnement l’ont maintes fois conduit à découvrir les cabinets de curiosités des musées d’histoire naturelle.
Le travail de Vincent Leray se confronte à l’objectivité d’une transcription immédiate du réel. Sa pratique qui s’inscrit dans l’esprit de la grande tradition des photographes documentaires tels que Karl Blossfeldt ou Bernd et Hilla Becher, manifeste toutefois une position plus minimaliste de la représentation ; ses images proposent une dimension souvent interprétative du sujet situé aux frontières de l’abstraction.

Le médium photographique qu’il manipule avec la précision d’un scalpel lui permet de disséquer la présence tangible d’un monde inerte et figé. La forme organique définie comme modèle est représentée ici dans son plus simple appareil. Parmi les formes visibles, Vincent Leray s’attache à collecter certains spécimens et variétés d’espèces naturelles qui proposent un dessin de construction élémentaire.

L’artiste cherche à reconsidérer les valeurs polymorphes du matériau organique comme un objet sculptural autonome. Chaque modèle est isolé de son environnement naturel et repositionné sur un fond neutre. L’enregistrement photographique de l’objet, saisi selon un point de vue frontal, vise à exalter les rythmes symétriques du sujet en éliminant les points de fuite. Les normes préétablies de ce dispositif aux rigueurs cliniques favorisent l’apparence statique et normative de la structure organique.

Ce recensement des typologies qui trouve ses fondements sur le principe de la série permet la cohérence unitaire du projet global. Le grossissement du sujet, toujours calibré dans l’image, dévoile une profusion de détails secrètement dissimulés à l’intérieur d’un microcosme.
La construction rigoureuse de ce langage formel qui nous laisse l’image d’un monde soustrait à toute pesanteur invite désormais le regard à contempler au plus près le travail remarquable de Vincent Leray.

 

Véra le Saux

 

L'évidence du visible