Vincent Leray – Oeuvres vives – Zoomorphie – Matière sensible

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Z.I.112*
Du 26 au 30 mai 2008, fouilles archéologiques à Pont-Scorff
Domaine de Saint Urchaut, rive droite de la rivière du Scorff

 

Le projet Z.I.112 trouve ses origines dans les pratiques expérimentales d’une fouille archéologique inscrite dans le paysage naturel de la vallée du Scorff (Morbihan). Le projet explore les relations, mais aussi les frontières entre pratiques artistiques et pratiques archéologiques.
À partir d’une lecture du paysage et d’une rencontre avec des archéologues**, les recherches se sont orientées autour de la rive droite de la rivière du Scorff située à proximité de l’ancien port de Saint Urchaut. C’est dans l’écosystème d’une plaine alluviale subissant quotidiennement le balancement des marées que le sondage est réalisé.
Lorsque la structure étoilée est réexpédiée vers son premier milieu marin, c’est toujours par la prise en compte d’une biodiversité de l’environnement naturel. C’est d’abord par une contextualisation de l’oeuvre et de ses relations au maritime que le choix du site est envisagé.
En déterminant le sondage du terrain qui s’étend sur une superficie de 25m2, un premier carroyage est posé quadrillant l‘espace en 25 carrés de 1m2.
Le projet s’articule à partir d’une approche scientifique qui débute par un décapage du premier niveau de la couche superficielle du terrain, sur une profondeur de 30 cm. En dessinant le plan de la forme étoilée sur le sol par un chanfrein gravé à la truelle ; ce geste caractéristique des pratiques archéologiques signale généralement la mise à jour d’édifices émergeants.
En réactivant ici la portée scientifique de ce geste, le projet laisse entrevoir l’hypothétique préexistence de vestiges par la mise à jour d’anciennes fondations énigmatiques, confondant alors les recherches avec les enjeux d’une véritable fouille archéologique ciblée.***
Un décapage du second niveau stratigraphique conditionné par la pose d’un nouveau carroyage radial permet d’ouvrir 2 coupes en diagonale avant l’excavation complète de l’architecture rayonnante sur une profondeur de 35 cm.
Le processus de fouille qui engendre une déclinaison géométrique de la structure pentamère, dévoile progressivement la masse de ses volumes pleins ou évidés.
Le résultat des fouilles qui ne révèle finalement que des objets de rebuts contemporains, soulève davantage des questions écologiques générées par des activités humaines récentes qu’une véritable problématique de recherche scientifique.

Les recherches étaient aussi bien conduites par les nécessités scientifiques de la fouille ; son vocabulaire technique, son langage visuel, ses outils et ses matériaux, que par celles qui consistaient à révéler un objet formel inscrit dans le champ de l’art.
Il était donc question d’occuper deux points de vue qui s’opposaient ; celui de l’archéologue qui développe un travail scientifique, et celui de l’artiste qui oriente une recherche déterminée par un langage artistique.
Vincent Leray

*Z.I.112 : feuille cadastrale de la parcelle de terrain concernée par la fouille archéologique menée sur la commune de Pont-Scorff entre le 26 et le 30 mai 2008. Ce code administratif annonce également le titre de l’exposition

**Daniel Tanguy : responsable de fouilles archéologiques spécialisé dans l’age du Fer Armoricain
**Marie Laure Hervé : responsable d’opérations archéologiques à l’INRAP
**Martial Monteil : Maître de conférences en archéologie à l’université de Nantes

***Fouilles archéologiques programmées : fouilles autorisées par le ministère de la Culture en liens avec une problématique de  recherche scientifique particulière. Elles sont réalisées sur des vestiges non menacés de destruction.

***Fouilles archéologiques préventives : fouilles effectuées en amont d’une construction entraînant la destruction de vestiges archéologiques. Une fois la fouille réalisée, le terrain est libéré de toute contrainte et les travaux peuvent être entreprit. Ces fouilles sont exécutées pour l’essentiel par l’Institut National de Recherche Archéologique Préventive (INRAP) ou par les services d’archéologie territoriale agrées par le ministère de la culture.

 

VL

 

Pont-Scorff, septembre 2008

 

Z.I.112 : Une fouille archéologique à Saint Urchaut

 

Commentaire préalable
L’opération de fouilles archéologiques menée aux abords du manoir de Saint Urchaut, en bordure immédiate de la rive droite du Scorff ne répond, a priori, à aucun des critères habituellement retenus pour de telles investigations.
Le rez-de-chaussée du manoir, situé un peu plus en retrait de la rive est parfois inondé lors de crues et la zone concernée par la fouille, sur une surface de 25m2, située au sud de la bâtisse est régulièrement inondée, lors des gros coefficients de marée.
Le sondage est implanté sur des alluvions récentes du Scorff, stabilisée récemment par un remblai préalable à la mise en place d’une prairie. Aucune découverte préalable ne laisse entrevoir la présence, sur le secteur de fouilles, de vestiges archéologiques.

Historique du site
Le manoir de Saint Urchaut, construit à la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIe siècle a connu un agrandissement daté du début du XIXe siècle, marque le paysage de façon imposante.
Les recherches et prospections archéologiques menées dans le secteur de Saint Urchaut indiquent une occupation bien plus ancienne des environs. La situation, en fond de ria, en aval du premier franchissement routier possible depuis le rivage présente quelques avantages.
C’est à proximité, légèrement en amont, que les bateaux devaient décharger leur cargaison qui par la suite empruntait un itinéraire terrestre bien connu. Les vestiges romains repérés sur l’autre rive, face à Saint Urchaut, laisse supposer, en l’absence de recherches approfondies, que la zone de rupture de charges se situait peut-être en aval de Pont-Scorff. On sait aussi que le retranchement de Pen mane ou du Rocher du Corbeau, non daté, a pu contrôler et protéger la zone.

La fouille
Le sondage établi sur une surface de 25m2 a été réalisé de façon manuelle par une équipe de quatre personnes. Un premier décapage, d’une profondeur de 30cm a affecté l’ensemble de la zone de fouille. L’installation d’un carroyage de 25 carrés d’1m2 a permis de situer précisément le mobilier recueillit au cours du second décapage profond de 65 cm par rapport au sol actuel.
Les remblais retirés de chaque carré ont fait l’objet d’un tri et d’un tamisage afin de retirer le maximum d’informations précises.

Les résultats
La surface et la localisation de la fouille nous donnent une vision bien restreinte et quelque peu contemporaine de l’environnement archéologique. Cependant, on peut, sur les 65cm de profondeur étudiés, mettre en valeur deux stades d’occupation.
Le premier horizon, en surface, constitué de terre arable, correspond à la mise en place de la prairie, que l’on peut dater assez précisément par les restes d’emballages de confiseries et autres de 1995. Associés à ces restes, on remarque plusieurs éléments difficilement classables. La découverte de fragments de durites, d’éléments de mécaniques, laisse supposer qu’un véhicule a dû séjourner quelques temps dans les environs, si les remblais de surface proviennent de Saint Urchaut. On retrouve aussi des fragments de plastiques et quelques matériaux de constructions.
Le second horizon comporte un remblai plus argileux, constitué de morceaux de bitume, d’argile et de pierrailles. Cette couche, dont la profondeur n’a pas été établie est donc plus consistante, elle est contemporaine de la couche superficielle et démontre que les travaux d’aménagements se sont déroulés en un seul temps.

Les perspectives d’une recherche archéologique aux environs de Saint Urchaut
Il est certain que l’environnement archéologique du fond de ria du Scorff mérite largement une prospection archéologique approfondie. Les éléments connus, à proximité immédiate du site mais aussi tout au long de la rivière, depuis Le Leslé – Pont-Scorff – en amont, jusqu’au Scouhel – Caudan – (par exemple), en aval montrent tout l’intérêt d’une telle opération. Cette dernière pourrait être intégrée à un programme plus global sur l’étude des fonds de rias de la côte sud armoricaine. Ce n’est qu’à l’issue de ce travail préalable que l’on pourra éventuellement mettre en place une fouille archéologique ciblée.

 

Daniel Tanguy – mai 2008

 

7 Z.I.112